Vous rêvez de passer du bon temps avec un chauve célèbre ?
Mais les Fabien Barthez, Pascal Obispo, Bruce Willis ou autre Jeff Bezos vous semblent intouchables ?
Bougez pas, nous avons la solution : les cyprès chauves de l’étang de Boulieu.
Presque aussi connus et pourtant toujours accessibles.

Des chauves si célèbres
Il y a des années que ce lieu pour le moins insolite nous faisait de l’œil. Nous qui aimons tant la nature et les couleurs, comment ne pas succomber un jour ou l’autre, l’automne venu, à l’irrésistible appel de l’étang de Boulieu en Isère (dit aussi « étang de la Roche ») et ses fameux cyprès chauves ? Et bien voilà, c’est fait, on a succombé.

Pays : France (Auvergne-Rhône-Alpes)
Département : Isère
Commune : Saint-Baudille-de-la-Tour
Parking : Dans le virage de la petite route dite « de Boulieu », à 2,5 km environ du centre du village, au Sud-est
Coordonnées GPS : 45.77966, 5.36200

Un petit étang de grande renommée
Situé dans le département de l’Isère, l’accès le plus classique à cet étang se fait par le nord-ouest, depuis le village de Saint-Baudille-de-la-Tour. Une petite route et quelques panneaux directionnels posés ici et là nous aident à trouver l’endroit, mais rien de très évident. Nous ne sommes pas là sur un grand circuit touristique, et ça se voit. Ici, la découverte se fait plutôt en mode incognito. Peut-être parce que le site, certes ouvert au public, est avant tout privé.
En première intention, nous avions décidé de nous rendre dans ce petit coin de campagne aux premiers jours de novembre. Mais la météo était encore bien maussade et les vacances de la Toussaint augmentaient fortement la fréquentation du site.
Nous avions donc repoussé notre visite au début de la deuxième semaine, juste avant le pont du 11 novembre. Parce que le 11 novembre, c’est pareil, il faut éviter : on fête l’armistice partout en France, sauf à l’étang de Boulieu. Ici ce jour-là, c’est plutôt la reprise des hostilités et le débarquement des troupes : photographes amateurs d’un côté et promeneurs en tout genre de l’autre. Et oui, le charme de cet étang attire les foules, surtout les week-ends et les jours fériés. On a même entendu dire que certains viennent parfois de pays lointains pour profiter du spectacle. De la Belgique, de la Suisse, du Canada … Alors, quel est donc le secret de ce séduisant plan d’eau qui fait rêver la Terre entière ou presque ?
En réalité, plusieurs raisons expliquent le succès du lieu.
Les raisons du succès
La facilité d’accès au site
La première, c’est la facilité d’accès au site. Trop facile d’ailleurs disent certains. Notamment les pêcheurs du coin qui voient régulièrement leur petit parking en bordure de voie communale (4 ou 5 places maxi dans un virage) pris d’assaut par les visiteurs dès les premières lueurs du jour. Sans parler du propriétaire du champ opposé. Sa parcelle est amputée sur plusieurs centaines de mètres de long d’une bande de deux mètres faisant office de stationnement sauvage complémentaire. Nous avons d’ailleurs joué au sauvage nous aussi le jour de notre arrivée, sans gloire, à défaut de trouver une solution de stationnement plus respectueuse des lieux. C’est à la nuit tombée, quand les voitures ont déserté l’endroit, que nous avons pu profiter du parking enfin libéré pour y garer notre fourgon. Nous mangerons et dormirons là, pour être à pied d’œuvre au plus tôt le lendemain.
Plus gênant encore que ce stationnement désorganisé, l’afflux de visiteurs pas toujours très sensibles à la fragilité du site et à l’environnement en général, commencerait à entrainer des dégradations de son écosystème. Le problème devient si important qu’un classement en espace naturel sensible est sérieusement envisagé par les élus et les propriétaires locaux pour protéger les lieux. Affaire à suivre…
[ Mise à jour : depuis mars 2022, en raison de la surfréquentation du site et de son importante dégradation, l’accès y est désormais interdit ]
En attendant donc l’arrivée possible à plus ou moins long terme de restrictions d’accès, on peut encore aujourd’hui gagner les berges de l’étang depuis le parking des pêcheurs, en empruntant un petit sentier descendant tranquillement le long d’un bois. Quelques minutes après et 300 mètres plus loin, nous voilà arrivés devant l’objet de tous nos désirs. Qui sont en fait … deux (les objets, pas nos désirs. Parce que question désirs, la liste est longue). Ce sont d’ailleurs là les deux raisons principales du succès du site, celles qui font que cet endroit est vraiment un lieu à part, une espèce d’écrin de nature enchanteur, un petit paradis des yeux et du cœur.

La cascade de la Roche
La première de ces deux raisons (on en est donc à la deuxième au total en tenant compte de la première décrite précédemment. Vous suivez toujours ?), c’est la présence d’une magnifique cascade à proximité immédiate du plan d’eau, appelée « cascade de la Roche ».
Alimentée par un petit étang de pêche situé plus haut près du parking, cette chute de plusieurs mètres de hauteur n’a rien à envier aux plus belles cascades du Massif central ou du Jura. Elle se cache dans un virage du sentier qu’il faut poursuivre sur une cinquantaine de mètres vers le Nord, le long du Furon (rivière qui alimente l’étang). Elle apparait alors subitement devant nous, dressée sur sa large lame d’eau, tombant de tout son poids dans un petit bassin, du haut d’un promontoire rocheux. Entre elle et la paroi excavée, le promeneur ou le photographe un tant soit peu « aventureux » peut se glisser dans l’espace dégagé et s’offrir ainsi un point de vue différent de la chute, dissimulé dans l’envers du décor.
Spot attrayant et incontournable quand on vient ici, on ne profite pleinement de cette cascade qu’en dehors de l’été (printemps et automne pour les gros débits d’eau, hiver pour la glace). La belle ne déverse effectivement plus que quelques larmes à la saison sèche, désolée certainement de ne pas pouvoir nous en offrir davantage.
Ca vous donne envie peut être ? Une photo vous ferait certainement plaisir pour mieux visualiser le lieu ? Vous pouvez compter sur nous bien sûr … sauf là. Rebutés par le passage incessant des visiteurs et par une lumière aux abonnés absents, aucun de nous deux n’a été tenté de faire un petit clic de la belle, ne serait-ce qu’en guise de souvenir. LA-MEN-TA-BLE ! Allez, pour nous faire un peu pardonner, nous vous mettons quand même un lien vers une photo de cette magnifique chute d’eau (crédit photo : Sophie Chapuis).
L’étang de Boulieu
La deuxième et dernière raison (et donc la troisième de cet article, mais la première par ordre d’importance. Si vous suivez encore, bravo, vous êtes tenace !), c’est bien sûr, à tout seigneur tout honneur (et tant pis s’il n’est décrit qu’en dernier), le fameux et célèbre étang de Boulieu.
Et là… découvrir un tel endroit un jour d’automne, c’est tout simplement magique. Les bras vous en tombent. Mais pas tellement pour l’étang en soi qui « n’est » après tout qu’un étang parmi tant d’autres (en apparence en tout cas, puisqu’il s’agit en réalité d’une tourbière immergée à fort intérêt biologique, écologique et même archéologique). Non, au-delà de l’étang, c’est surtout les étranges et magnifiques créatures qui vivent là, les pieds dans l’eau, qui font le spectacle.
Allez, il est temps d’entrouvrir quelques rideaux de feuilles pour les découvrir.



Un peu de culture (juste un chouia, promis)
Qui sont donc ces baigneurs à temps complet ? Juste des arbres pourraient dire certains. Oui, peut-être, si on ne sait plus vraiment voir l’essentiel, si on a perdu notre âme d’enfant, notre capacité à s’émerveiller devant la nature. Et pourtant, que de beauté se dégage de ces habitants de l’eau parés des dorures de l’automne.
A la façon de leurs cousins montagnards les mélèzes, les cyprès chauves (puisque ce sont eux dont il s’agit, même ceux au fond de la classe qui ne suivent plus le décompte précédent depuis un moment l’auront compris) sont en effet une espèce de conifères à feuilles caduques, chose rare dans le monde végétal. D’où leur nom de « chauves ». Pour être honnête toutefois, cette espèce n’est pas indigène (toujours pour ceux qui pioncent au dernier rang, « indigène » ne veut pas dire qu’on a affaire à un indien avec coiffe à plumes et tomahawk. Non, « indigène » veut dire ici « qui est originaire du pays où il se trouve »). Elle nous vient du sud-est des Etats Unis et a commencé à traverser l’océan pour rejoindre l’Europe au cours du 17e siècle.

L’histoire locale raconte plus précisément que les quelques unités qui ont pris racine ici auraient été plantées par un ancien et célèbre propriétaire des lieux, Hilaire de Chardonnet. Un nom qui ne vous dit pas grand-chose certainement. On vous rassure, nous étions dans la même ignorance que vous avant de venir ici.
Figurez-vous que ce cher Hilaire n’est ni plus ni moins que l’inventeur de la soie artificielle. Une invention qui a fait sa fortune, mais qui surtout a permis de créer des vêtements de qualité, à faible coût de production, et donc peu cher pour l’époque (fin 19e). Accessoirement, ça permettait aussi au vers à soie d’en finir avec les travaux de forçat qu’on lui imposait jusqu’alors pour fabriquer ses précieux cocons. Et c’est à l’occasion de l’un de ses nombreux voyages à travers le monde que ce châtelain local (propriétaire du domaine de Vernay, à proximité du site), ramena dans ses valises quelques cyprès chauves.
La grâce de l’automne
Dressés fièrement sur leur tronc et leurs racines aériennes (qui assurent une partie de leur respiration), comme autant de pattes d’éléphants pataugeant dans leur bassin, leur feuillage se couvre à l’automne d’une parure orangée du plus bel effet qui colore le paysage à de multiples endroits. Ici, un grand ilot où se serrent avec une certaine discipline des dizaines de spécimens, là un solitaire qui déploie ses bras comme un danseur sur la piste, ou, encore un peu plus loin là-bas, un couple isolé qui semble se tenir la branche comme deux amoureux.



Dans ces coins-là, quand on est photographe, on ne sait plus où donner de la tête, on ne sait plus par où commencer, tellement on en prend plein les yeux. Vue d’ensemble, vue d’un arbre isolé, vue d’un détail, vue d’un reflet… ? Tout est si juste, élégant, esthétique, harmonieux, rare. Il est bien difficile de se poser, de laisser passer la contemplation presque béate du lieu pour se concentrer un peu sur les sujets les plus photogéniques, sur la technique, sur la lumière.
Comme souvent en photographie : il faut d’abord voir, ressentir, s’émouvoir. Et après, seulement après, quand le cœur a fini de s’emballer, se calmer, réfléchir, analyser et enfin s’arrêter. C’est le moment d’immortaliser l’émotion qui nous a traversée, en tout cas essayer. Celle qui souvent traine encore en nous au moment de déclencher.

Beau ou mauvais temps ?
Et pourtant, le temps n’était pas de la partie. Arrivés le mardi en début d’après-midi dans la brume, nous avons espéré tout le reste de la journée que le soleil apparaisse. Toutes les météos du moment le prévoyaient. Même celle de Google nous le prédisait sur notre téléphone ! « nice sunny weather » Tu parles… Depuis quand les américains peuvent prétendre savoir le temps qu’il va faire à Saint-Baudille-la-Tour au fin fond de la campagne iséroise depuis l’autre bout du monde ? (quelle idée aussi me direz-vous de consulter une météo made in US …) Est-ce que les français se préoccupent de deviner le temps qu’il fera dans l’heure suivante à Bumble Bee dans le comté de Yavapai en Arizona ? Non ! Si chacun pouvait s’occuper de son bout de ciel comme il faut, ça serait déjà pas mal. Et il y a du boulot encore dans notre beau pays semble-t-il.
Parce que ce jour-là, comme le lendemain, toutes les prévisions nationales nous ont promis un beau ciel bleu qui est resté désespérément… gris.
Dommage, mais pas tant que ça en fin de compte. Parce qu’une toute autre ambiance s’est alors offerte à nous, pleine de charme elle aussi, mystérieuse, ouateuse à souhait.



Le matin, l’étang était noyé dans un voile de brouillard hanté par les silhouettes altières des cyprès, flottant au-dessus de l’eau comme de gentils monstres venus de nulle part. La journée avançant, les arbres se sont dévoilés davantage, et malgré la grisaille environnante leurs couleurs arrivaient à illuminer le ciel. Même l’eau jouait les miroirs en beauté, que de fins pinceaux d’automne feuillus peignaient par endroits.
Alors oui, le soleil était aux abonnés absents ces deux jours-là, les cyprès n’ont pas pu briller de leurs mille feux, mais leur simple présence délicatement colorée a suffi à éclairer notre séjour parmi eux.

Ne craignez donc surtout pas de leur rendre visite par tous les temps (évitez la pluie quand même), ils vous éblouiront quelques soient les conditions ou presque. La seule vraie contrainte à essayer de satisfaire, c’est d’y aller en automne (et d’aimer la couleur orange). C’est là qu’ils deviennent irrésistiblement envoutants.
Et n’oubliez pas de respecter ces lieux pour les préserver. Ils méritent que d’autres puissent les découvrir et s’en émerveiller après notre passage.
INFORMATIONS PRATIQUES
VENIR EN SAC A DOS :
Train jusqu’à Bourgoin-Jallieu, puis bus (ligne T13) jusqu’au hameau de Baix sur la commune de Saint-Baudille-de-la-Tour (arrêt à 1km environ du site).
Un site départemental, « Itinisère », permet d’organiser et faciliter ses déplacements en Isère. On y trouve des informations complètes sur les transports en commun et le trafic routier.
DORMIR / MANGER / BOIRE :
Vous ne trouverez ni commerces de ravitaillement, ni bar, ni restaurant, ni hôtel au village de Saint-Baudille-de-la-Tour. Seule une ferme propose des gîtes équipés dans le bourg, la Ferme des Dames, mais les locations se font uniquement à la semaine.
Pour celles et ceux qui viennent de loin et qui souhaitent être à pied d’oeuvre tôt le matin ou tard le soir, à défaut de posséder un véhicule leur permettant de dormir près du site, il existe toutefois quelques solutions à proximité. Nous ne les avons pas testées, mais nous vous mettons ici quelques liens vers les plus proches d’entre elles :
Auberge du Vernay (à 3km, sur la commune de Charette)
Hôtel Vallée bleue (à 10km, sur la commune de Montalieu-Vercieu)
Hôtel-restaurant Le Val d’Amby(à 15km, sur la commune de Hières-sur-Amby)
Des commerces de ravitaillement et de restauration existent par ailleurs sur ces trois communes.
Pour les campeurs, deux campings existent dans les environs :
Camping à la ferme « La chèvre verte »(à 4,5km, sur la commune de Bouvesse-Quirieu)
Camping municipal « Le Val d’Amby »(à 14km en voiture 7km à pieds, sur la commune de Hières-sur-Amby)
RANDONNER :
Si vous souhaitez marcher un peu plus et élargir votre découverte du secteur, un circuit de randonnée en boucle d’environ 12km (4h) passe par l’étang de Boulieu. Vous pouvez télécharger le fichier PDF de ce circuit ici (site Visorando)
DIVERS :
ATTENTION ! Le chemin longeant l’étang est souvent boueux voire ponctuellement submergé (gués). Prévoir des chaussures hautes et imperméables de préférence.
(Cette visite du site des cyprès chauves de Boulieu s’est faite en novembre 2021)
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